10 faits sur la Révolution mexicaine
Plus de 115 ans se sont écoulés depuis le début de la Révolution mexicaine, et pourtant ce conflit historique continue d’éveiller la curiosité et d’inspirer le débat. Ce qui avait commencé comme un mouvement visant à renverser Porfirio Díaz — qui avait détenu le pouvoir pendant 35 ans — s’est rapidement transformé en l’un des bouleversements sociaux et politiques les plus marquants de l’histoire du Mexique. Bien que Díaz ait supervisé une période de modernisation, celle-ci s’est accompagnée d’un coût économique et social élevé, payé en grande partie par les communautés les plus vulnérables et l’opposition politique réduite au silence sous son régime.
La révolution a éclaté dans le nord du Mexique et s’est rapidement étendue à tout le pays. Au-delà des batailles, des luttes politiques et des figures emblématiques, la Révolution regorge d’histoires et de détails méconnus. Voici 10 faits intrigants qui apportent un nouvel éclairage sur la révolution la plus importante du Mexique.
1. Une révolution qui a annoncé sa propre date de début
Fait surprenant, la Révolution mexicaine est le seul grand soulèvement de l’histoire mondiale à avoir annoncé publiquement la date et l’heure exactes de son début. L’appel aux armes fut détaillé dans le Plan de San Luis, rédigé par Francisco I. Madero. Dans ce document, Madero invitait le peuple mexicain à se soulever contre Porfirio Díaz le dimanche 20 novembre à 18 h. Une initiative audacieuse et sans précédent — qui allait allumer les premières étincelles de la révolution.

2. Le mystère du deuxième prénom de Madero
Pendant de nombreuses années, on a affirmé que le deuxième prénom de Francisco I. Madero était Indalecio. Mais aucun document officiel n’a jamais validé cette information. Son acte de baptême révèle son véritable nom : Francisco Ignacio Madero, en hommage à la dévotion de ses parents envers Saint François d’Assise et Saint Ignace de Loyola.
Malgré son rôle de président, Madero était affectueusement surnommé « Pingüica » en raison de sa petite taille. Il était également passionné de spiritisme, ce qui lui valut un autre surnom dans la presse de l’époque : « le fou qui communique avec les morts ».

3. La photographie la plus emblématique de la Révolution
L’une des images les plus célèbres de la Révolution montre Pancho Villa et Emiliano Zapata assis dans le Palais national le 6 décembre 1914. La photographie, prise par Agustín Víctor Casasola, immortalise le moment où les deux chefs révolutionnaires ont partagé le pouvoir après un banquet célébrant le triomphe de la lutte armée. Aujourd’hui, l’original est conservé au Musée national de la photographie à Pachuca.

4. Emiliano Zapata n’était pas pauvre
Bien qu’Emiliano Zapata soit souvent présenté comme un paysan démuni, la réalité est plus nuancée. Il venait en fait d’une famille aisée. Ses goûts incluaient la cuisine française et le cognac — un contraste frappant avec l’image populaire du humble campesino.

5. Des femmes qui ont combattu, dirigé et espionné
Les femmes ont joué un rôle crucial, bien que souvent oublié, dans la Révolution. Beaucoup soutenaient les troupes en cuisinant, en lavant les vêtements, en soignant les blessés ou en s’occupant des enfants. Mais certaines sont allées beaucoup plus loin.
L’une des figures les plus remarquables fut la coronelle Carmen Amelia Robles Ávila, originaire de Xochipala, Guerrero. Connue comme « Coronel Robles », elle portait des vêtements masculins et se distinguait par son habileté avec les armes et à cheval. D’autres femmes devinrent espionnes, infiltrant les lignes ennemies ; les soldaderas voyageaient sur les toits des trains, tandis que les prostituées prenaient place à l’intérieur.

6. Le vice-président poète : José María Pino Suárez
Le vice-président du Mexique sous Madero, José María Pino Suárez, n’était pas seulement un homme politique : c’était aussi un poète passionné. Il tomba profondément amoureux de son épouse, María Casimira Cámara Vales — qu’il séduisit avec des serenatas et des poèmes. Après l’assassinat de Pino Suárez pendant la Decena Trágica, Maruca fut dévastée. Elle dut vendre ses biens pour subvenir aux besoins de ses enfants. Elle reçut la médaille Belisario Domínguez en 1969, à l’âge de 92 ans.


7. Un espion allemand au cœur de la Révolution
Félix A. Sommerfeld, un agent double allemand, devint l’un des plus proches alliés de Madero. Il travailla simultanément avec les services de renseignement des États-Unis et de l’Allemagne, construisant un vaste réseau d’agents le long de la frontière américano-mexicaine. Sommerfeld est aujourd’hui considéré comme l’un des pionniers des services de renseignement au Mexique.

8. Jack London : chroniqueur de la Révolution
Le célèbre auteur américain Jack London, connu pour Croc-Blanc et L’Appel de la forêt, fut également journaliste et couvrit la Révolution mexicaine. Socialiste engagé, il fut attiré par la cause et consacra même l’un de ses récits les plus connus, « Le Mexicain », à l’histoire d’un jeune boxeur finançant le mouvement révolutionnaire grâce à ses combats.

9. La véritable Adelita
La Adelita, l’une des chansons révolutionnaires les plus célèbres, fut composée par le sergent Antonio Gil del Río pour Adela Velarde Pérez, originaire de Durango. À seulement 13 ans, Adela défia ses parents et rejoignit le corps infirmier révolutionnaire créé par Doña Leonor Villegas de Magnon. Délaissant une vie confortable, elle se consacra aux soins des blessés à bord des trains médicaux.

10. Une balle dans le bar La Ópera
Dans le centre historique de Mexico, la célèbre cantina La Ópera conserve encore un impact de balle dans son plafond — tiré par nul autre que Pancho Villa lors de sa visite en 1914. Le bar, ouvert en 1876, demeure un témoin vivant du passé turbulent de la Révolution.

La Révolution mexicaine est bien plus qu’une série de batailles : c’est un ensemble d’histoires humaines, de contradictions et de personnages inoubliables. Ces dix faits ne représentent qu’un aperçu de la complexité et de la richesse d’un mouvement qui a profondément transformé le pays.


